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Bruno Darnaud : « On ne sait pas où va Le Foll ! »

« La rénovation variétale et le soutien à l’expérimentation doivent être des priorités. Mais parce ce qu’il y a des restrictions budgétaires, on sent que la politique agricole de Le Foll flotte », constate Bruno Darnaud, président de l’AOP pêches.
« La rénovation variétale et le soutien à l’expérimentation doivent être des priorités. Mais parce ce qu’il y a des restrictions budgétaires, on sent que la politique agricole de Le Foll flotte », constate Bruno Darnaud, président de l’AOP pêches.

6% de surface en moins cette année. Rien de grave, selon Bruno Darnaud, le président de l’AOP pêches et nectarines. « Ça n’est que du sanitaire ! La descente s’enraye ! », s’exclame le producteur, optimiste. Mais agacé par un Ministre dont il a du mal à comprendre la feuille de route...

Le blog de L'Arbo : Le Medfel a annoncé une production de pêches et nectarines avoisinant les 260 000 tonnes… Ces prévisions vont certainement être revues à la baisse en juin, au regard des conditions climatiques printanières. Quelle est votre analyse ?
Bruno Darnaud : On perd encore 6 % de surface cette année, mais c’est essentiellement du sanitaire. Les arrachages économiques sont de moins en moins fréquents. On est plutôt sur une stabilisation de la production française, même si on a eu un petit incident gel qui a touché surtout les précoces… On a cette année un retard de maturité entre 15 jours et 3 semaines par rapport à une saison moyenne, on aura sans doute des petits soucis de calendrier, mais rien de très grave. Je ne suis pas inquiet. On aura de quoi intéresser les distributeurs, et le consommateur devrait être présent, surtout qu’on poursuit cette année notre stratégie de segmentation par l’emballage.  On n’est plus dans une bataille sur les volumes et sur les prix !

Les arrachages sanitaires, ce n’est pas non plus très bon signe, si ?
Il y a les arrachages obligatoires et les producteurs qui anticipent. À l’AOP, on se bat pour la prospection. La lutte sanitaire, elle est soit collective, soit inexistante car inefficace. Si une majorité des producteurs a bien intégré cet état de fait, une petite partie de la profession a encore du mal… Il faut prospecter partout et, si besoin est, ne pas faire de sentiment : arracher dans les 48 heures.

Stéphane Le Foll a fait part, au congrès de Felcoop, de son intention de mettre en œuvre une stratégie de renouvellement des vergers au travers des fonds du deuxième pilier, avec les régions. Comment avez-vous réagi ?
J’ai été surpris, dans le sens où nous avons participé à plusieurs réunions avec FranceAgriMer et le ministère de l’Agriculture, et que ce point n’a jamais été abordé. Depuis plusieurs mois, on ne nous annonçait pas de budget. On était dans l’attente à ce niveau-là, et le Ministre explique soudainement, et qui plus est en tribune, que la problématique est transférée aux régions : plus de dispositif national, un seul dispositif régional. À croire que même son équipe n’avait pas été mise au courant… Pour des raisons budgétaires, on redoute évidemment des disparités régionales importantes. Jusqu’à aujourd’hui, il y avait un socle national important, et certaines régions, comme le Languedoc-Roussillon, fournissaient un effort supplémentaire. Je suis évidemment pour le maintien d’un socle national commun, quitte à ce que les régions participent. Se limiter à des dispositifs régionaux, c’est aussi mettre en concurrence les producteurs d’une région à une autre. Et puis, mettre en place cette stratégie via le fonds Feader, je n’y crois pas trop. On va encore devoir se battre : il n’y a pas que l’arboriculture fruitière dans les régions ! Pourtant, la rénovation du verger, c’est capital : c’est par là qu’on retrouvera une compétitivité au niveau du verger français.

C’est surprenant, cette décision soudaine de Stéphane Le Foll.
Oui, on ne sait pas trop où il va. C’est ce qu’on peut lui reprocher : c’est flou, ça n’avance pas. Au cours du congrès de la FNPF, le Ministre avait refait part de son intention de soutenir le fonctionnement de la caisse de solidarité sanitaire fruits, à condition qu’une CVO soit mise en place. Pour lui, l’interprofession avait un rôle à jouer dans la mise en place de cette CVO. Mais je comprends qu’Interfel n’ait pas envie de mettre son nez dans des questions sanitaires… cela serait plutôt le rôle de la MSA. Bref, entre janvier et juin : rien. Il ne s’est rien passé. L’Etat n’a rien pris en main, il ne joue clairement pas son rôle. On a de quoi indemniser entre 17 et 20 % des surfaces déclarées !

Et le soutien à l’expérimentation ?
Il y a clairement des problèmes financiers au niveau national, mais la rénovation et l’expérimentation doivent être des priorités. On sent cependant que, parce qu’il y a des restrictions budgétaires, la politique agricole de Le Foll flotte.

Propos recueillis par Fleur Masson

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