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cerisier et abricotier dans le sud-sud/est

Les besoins en pollinisation ouvrent le débat

Après un bilan des besoins en pollinisation sur abricot et cerise, apiculteurs et arboriculteurs se sont rendus dans le verger de la Serfel.
Après un bilan des besoins en pollinisation sur abricot et cerise, apiculteurs et arboriculteurs se sont rendus dans le verger de la Serfel. Photo: L.Rubio/Pixel Image

Ce mercredi 18 février, arboriculteurs, apiculteurs et techniciens ont répondu présent au rendez-vous de la Serfel, la station expérimentale arboricole située à quelques kilomètres de Nîmes, et de l’Adapro LR, l’association de développement de l’apiculture professionnelle de Languedoc-Roussillon.

Au programme: état des lieux des besoins en pollinisation dans les filières abricot et cerise, présentation de l’activité de pollinisation et échanges sur les pratiques et techniques à mettre en œuvre en vergers. Les présentations particulièrement précises ont abouti à des débats animés et enrichissants entre les professionnels présents.

Un besoin estimé à 20 000 ruches en abricotier

"Il faut absolument une très bonne collaboration entre apiculteurs et arboriculteurs", s’est exclamé un technicien à la fin de la matinée.

Et pour cause, cette entente est primordiale particulièrement dans le Sud-Est où les besoins en pollinisation des vergers à noyaux sont élevés:

"35% du verger d’abricotiers en Rhône-Alpes, Paca et Languedoc-Roussillon, est constitué de variétés autostériles, a souligné Christian Pinet, responsable du programme abricot à la Serfel. Cela représente environ 4500 ha. Il faudrait environ 20 000 ruches pour couvrir correctement cette surface."

Ces chiffres cachent cependant des disparités régionales. Les besoins en pollinisation ont été estimés à 17% du verger Rhône-alpin, 58% en Paca et 58% en Languedoc-Roussillon. Le responsable de la Serfel explique:

"Les variétés autofertiles comme Bergeron et Orangé de Provence sont très bien implantées en Rhône-Alpes contrairement aux deux autres régions qui ont davantage misé sur de nouvelles variétés précoces, plus colorées, à fort potentiel agronomique mais aussi autostériles."

12 000 ruches estimées en cerisier

Côté cerise, les chiffres présentés par Sara Pinczon du Sel de la station expérimentale La Tapy suivent le même constat:

"93% du verger de cerisiers en secteur Rhône-Méditerrané a des besoins de pollinisation. Ces besoins sont estimés à environ 12 000 ruches pour 2 400 ha."

Il y a donc une dépendance certaine des arboriculteurs vis-à-vis des apiculteurs. Le contraire n’est pas vrai puisque l’activité de pollinisation ne représente généralement qu’une infime partie des revenus des apiculteurs.
 
Avec cette activité, les apiculteurs recherchent notamment de la liquidité immédiate en début de saison. Toutefois, au cours de la saison, l’activité de pollinisation rentre en concurrence directe avec la production de miel. C'est pourquoi les tarifs de location peuvent varier de 25 à une centaine d'euros par ruche selon la période, la culture, et les conditions. La pollinisation en verger précoce représente cependant un avantage pour faire bien démarrer les ruches en début d’année.

10% du cheptel national en Languedoc-Roussillon

Cyrielle Rault, l’animatrice de l’Adapro LR précise l’importance de la région Languedoc-Roussillon en matière d’apiculture pour les régions voisines:

"Ce territoire centralise à lui-seul 10% du cheptel national et c’est la deuxième région la plus professionnalisée en matière d’apiculture."

L’Adapro travaille sur cette professionnalisation des apiculteurs qui ne peut être qu’un avantage pour les arboriculteurs parfois en attente de plus de connaissance technique en termes de pollinisation. En effet, une question centrale revient du côté des producteurs:

Comment juger concrètement la réussite de la pollinisation dans son verger?

Excepté le verdict de la récolte qui démontre après coup le succès ou non de la pollinisation sur la parcelle, peu d'études ont été menées pour fournir des critères d'observation aux arboriculteurs sur l'activité des ruches au cours de la pollinisation.

Le butinage plus performant en présence d’autres insectes

Quelques éléments essentiels ont toutefois été évoqués par les professionels présents:

  • vérifier les va-et-vient des abeilles depuis les ruches, de préférence en journée car les abeilles ne travaillent pas la nuit;
  • les ruches doivent être placées au soleil plutôt qu’entre les rangs, à l’ombre, au risque de ralentir fortement leur activité;
  • s’assurer qu’il n’y a pas de fleurs concurrentes dans l’entourage du verger (ex: moutarde sauvage);
  • prévoir des bacs à eau avec flotteurs pour que les abeilles puissent boire sans se noyer. S’y prendre à l’avance permet d’avoir une eau légèrement croupie, plus attractive pour les abeilles;
  • enfin, il faut savoir que le butinage est plus performant lorsque les abeilles sont en situation de concurrence avec d’autres insectes. En cause, la fidélité des abeilles à leur lieu de butinage. Ainsi, la présence d’autres insectes les oblige à changer de cible et à se répartir davantage sur l’ensemble de la parcelle.

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