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Drosophila suzukii

Plus le temps de prendre la mouche !

Fleur Masson, Luc Barbier, Gérard Roche, Philippe Massardier, Claire Weydert, Sulvie Colleu et Bertrand Bourguoion lors de la table ronde organisée par le CTIFL le 1er décembre. Photo : DR

Professionnels et représentants de l’Etat ont échangé début décembre dans le cadre d’une table ronde organisée au CTIFL, centre de Balandran. Objectif : fixer un cap. Il est temps de larguer les amarres et de  limiter les dégâts.

Nous sommes le 1er février 2016 quand le couperet tombe : l’Agence nationale de sécurité des aliments décide d’interdire le diméthoate, cet insecticide organophosphoré qui permet de contenir la drosophile suzukii, et ce alors qu’aucune solution alternative n’existe encore… Six mois plus tard, la saison a fini par passer, les dégâts ont peut-être été moins pire que redoutés, la pression moins importante que l’an passé. C’était la première année sans diméthoate. Le citoyen français a très certainement consommé de l’œuf ou de la larve de drosophile (l’essentiel étant évidemment qu’il l’ignore). Des producteurs de cerise, de fraises et autres petits fruits ont vécu le martyr quand d’autres sont sensiblement passés entre les gouttes.

10 millions d’indemnités compensatoires

Presque dix mois plus tard, le CTIFL organisait un temps d’échange public entre les professionnels et les représentants de l’Etat. Objectif : faire le point sur ce qu’attendent les professionnels, mais aussi sur leur capacité à se mobiliser collectivement pour continuer le combat. Détail à noter : quand le CTIFL a lancé l’idée de cette journée, c’était en pensant qu’il y aurait alors un Plan collectif volontaire, sous la forme d’engagements divers, pris par les producteurs, et qui aurait pu, dans une logique de donnant - donnant, sous-tendre le versement d’indemnités compensatoires liées aux dégâts causés par Drosophila suzukii en 2016.

Mais il n’en n’est rien. Pourtant, la volonté politique semblait être là. « Début juillet, le ministère nous a demandé de rédiger un Plan collectif volontaire alors que la campagne était déjà commencée, et a donné pour mission à la FNPF de le coordonner, se rappelle Luc Barbier, président de la FNPF. Bertrand Bourguoin, expert arboriculture à la DGAL, devait s’assurer à nos côtés que le fruit de notre travail était entendable par la DGAL. Notre PCV a été présenté mi-juillet au Cropsav (1) Paca qui l’a validé. Mais, hélas, le Cnopsav n’a pas porté le dossier, le sous-directeur de la DGAL Alain Tridon estimant que les engagements pris par la filière étaient trop légers ! » Le syndicaliste est hors-de-lui. Depuis, les indemnisations n’ont toujours pas été versées. Selon Bertrand Bourguoin, pourtant, le refus du PCV et le retard dans le versement des indemnités compensatoires « ne sont pas liés ». Le montant total devrait avoisiner les 10 millions. « On attend désormais les marches à suivre pour décembre, avec une indemnisation qui tombe en février / mars, avant les élections présidentielles si possible ! », conclut Luc Barbier.

Avancer groupés

Mais ces réflexions presque court-termistes n’écartent pas les professionnels de l’urgence qu’ils ressentent de travailler ensemble… alors même que le Casdar Drosophila suzukii porté par le CTIFL vient de se terminer, et qu’aucun autre projet de ce type n’est prêt de voir le jour. « Nous avons besoin de projets financés qui nous permettent de nous structurer à plusieurs organismes, estime ainsi Claire Weydert, chercheur au CTIFL. Un Casdar facilite les choses car on ne peut pas tous travailler sur des financements propres. Il faut des financements extérieurs, un vrai projet où chacun conduit une action avec un enchainement logique ! »

Même perception pour Philippe Massardier, responsable technique de la Sicoly, qui considère qu’il faut mobiliser les énergies pour participer à tous les travaux qui se mettent en place au niveau mondial. « Il faut trouver des solutions qui soient fiables et qui ne s’entourent pas de contraintes administratives lourdes. D’autant plus que le flou actuel laisse la place à des entreprises privées et à leurs produits miracles dont l’effet n’est pas validé… Sachons recentrer le dossier sur des réalités scientifiques. » Selon lui, il est temps que le ministère se fasse un peu plus incitatif. « On arrive toujours à trouver des solutions. Mais plus le pas de temps est court, mieux c’est ! Car certains ne s’en remettront pas. Il faut qu’on profite de ces situations difficiles pour témoigner de la volonté de trouver des solutions,  il en va de la survie des territoires. »

Pour Luc Barbier, les choses sont claires : la FNPF demande de la part de l’Etat la mise en place de financements pluri-annuels, pour soutenir une recherche qui doit s’organiser autour du CTIFL, coordinateur national. « Il nous faut mettre l’accent sur la recherche et développement pour aboutir à une connaissance plus fine du ravageur, et construire des modèles de prévention des vols ! » Rappelons, également, l’existence du GIS Fruit : une opportunité à saisir pour développer des projets communs ?

(1)Conseil régional d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale
(2)Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale
 
 

Comment on fait en 2017 ?

A cette question posée à Bertrand Bourguoin, voici la réponse apportée par l’expert arboriculture à la DGAL : « L’Administration va prendre différentes mesures pour permettre aux producteurs de continuer à produire en 2017. Tout d’abord, nous allons initier un travail avec les firmes phytosanitaires sur les dérogations et les autorisations de mise sur le marché. A titre d’exemple, nous aimerions faire évoluer le nombre d’applications ainsi que le délai avant récolte de l’Imident. Ensuite, je peux aujourd’hui vous assurer que si la profession met en place un plan d’action concerté avec un porteur légitime, nous aurons des financements. » Il y a une subtilité de catégorisation sur laquelle est revenue Bertrand Bourguoin : le fait d’adosser une plan d’action concerté au ravageur de catégorie 3 (c’est-à-dire d’intérêt privé) qu’est la suzukii induit automatiquement son reclassement en ravageur de catégorie 2 (c’est-à-dire d’intérêt public) : et c’est ce qui justifie la mise à disposition de moyens de la part de l’Etat.
 
 

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