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Réglementation

La quassine bientôt autorisée en bio

Avec son action insecticide et répulsive, la quassine est de plus en plus utilisée par les arboriculteurs, notamment en bio, contre l’hoplocampe du pommier. Photo : Aerawan
Avec son action insecticide et répulsive, la quassine est de plus en plus utilisée par les arboriculteurs, notamment en bio, contre l’hoplocampe du pommier. Photo : Aerawan

Initialement prévu pour 2017, le rapport d’évaluation sur l’emploi de la quassine comme insecticide en bio vient d’être rendu par l’Efsa. L’autorité européenne a, en théorie, trois mois maximum pour entériner son approbation, compliquant le recours à l’extrait végétal pour le printemps 2018.

Avec son action insecticide et répulsive, la quassine extraite de la plante tropicale Quassia amara, employée par ailleurs comme arôme alimentaire, est de plus en plus utilisée par les arboriculteurs, notamment en bio, contre l’hoplocampe du pommier en recrudescence ces dernières années. Certains l’emploient aussi contre l’hoplocampe du prunier, le puceron lanigère, la cécidomye de l’abricotier. D’autres applications sont envisagées comme sur le charançon rouge du palmier. La Commission européenne a demandé en mars 2013 une évaluation scientifique à l’Efsa en vue de l’approbation des extraits de quassia en tant que substance de base au titre de l’article 23 du règlement européen 1107/2009. L’agence vient seulement de rendre son rapport, autorisant maintenant une mise au vote pour l’approbation finale. Le délai classique de trois mois maximum risque, cette année encore, de compliquer l’emploi de ces extraits de quassia sur les vergers dès le printemps.

Pour François Mairel, expert en extrait végétaux pour la pharmacie et l’industrie agroalimentaire, cette décision attendue est très positive, mais il souligne : « Les infusions préparées par les arboriculteurs à partir de copeaux de quassia ou les extraits achetés chez nos pays voisins ont des effets assez aléatoires sur l’hoplocampe car les teneurs en quassine varient de 1 à 10, selon la qualité des copeaux ou les procédés d’extraction utilisés. »,
Pour éviter cette hétérogénéité de résultats il est primordial de s’assurer de la qualité du bois utilisé et de suivre la recette officielle (voir en bas de l'article) qui sera publiée dans le futur règlement d’approbation, souligne François Mairel. « Cette recette est simple mais pénible et contraignante du fait de l’amertume extrême du bois de quassia. Pour éviter une fastidieuse préparation, un produit standardisé a été mis au point et testé à la station expérimentale de la Morinière entre 2013 et 2015 sur pommiers. À raison de deux applications de 300 g/ha par traitement, il permet de réduire le pourcentage de fruits atteints de 3,5 à 4,5 % contre 10 à 22 % chez le témoin. Ce produit ne pourra toutefois être commercialisé qu’après approbation de la substance. »
 


Copeaux de Quassia amara. Photo : marilyn barbone

Voici la recette  de l’arôme de quassia, proposée par François Mairel. Quantité pour 1 ha :
 
Le plus important est le bois de départ : les copeaux doivent contenir un maximum de quassine pour que la préparation soit efficace. Pour cela il faut exiger des copeaux de Quassia picrasma venant de Jamaïque. Le ramassage est durable. Demandez une attestation à votre fournisseur et idéalement une analyse HPLC de la quassine. Les copeaux doivent être d’un beau jaune « poussin » ou vif. S’ils sont gris… c’est qu’ils sont vieux et peut-être même déjà extraits ou moisis. Attention à ne pas acheter de copeaux chinois, mexicains ou brésiliens…
 
La première étape consiste à broyer les copeaux jusqu’à obtenir des morceaux de 1 à 2 cm maximum, l’extraction sera idéale. On peut utiliser un petit broyeur type BRF.
 
Il est préférable de toujours partir de bois neuf car un bois ayant déjà subi des extractions ne donnera plus grand-chose. Il ne sert à rien de recharger du neuf sur le vieux. Au contraire, une partie de la quassine du bois neuf peut même retourner sur le bois épuisé …La nature a horreur du vide…

Il y a deux options :

  • l’extraction par décoctions aqueuses (90-95°C) qui est une technique simple mais qui nécessite 30 kg de copeaux par hectare.  Environ la moitié de la quassine ne pourra pas être extraite, l’eau seule n’est pas un bon solvant. NE PAS FAIRE BOUILLIR, ou pas longtemps;
  • l’extraction par digestions (env. 35°C) dans un mélange eau 70% - alcool dénaturé 30%, qui ne nécessite que 15 kg de copeaux par hectare car l’extraction est quasi-totale mais plus compliquée à réaliser. Utiliser de l’alcool à 90° coupé trois fois ou à 70° coupé deux fois.

L’extraction peut être faite dans un fût fer de 200 litres comme dans une cuve Inox à serpentin ou double-enveloppe… selon les quantités et les moyens de chacun. Dans les deux cas, le volume de liquide de la première extraction qui part du bois sec sera inférieur car en partie absorbé. Une extraction consiste à recouvrir les copeaux, à les amener à température et les y maintenir minimum pendant 2 heures (pas de durée maximum, la première peut être doublée) en bâtonnant de temps en temps, à soutirer le liquide et à les recouvrir de nouveau. Il faut minimum cinq extractions, idéalement jusqu’à ce que le percolât soit clair comme le solvant de départ. Toutes les fractions peuvent être réunies. Il faut compter un volume d’environ 10 fois le poids de copeaux (mais pas de limite, ex : 300l pour 30 kg).
 
Dans le cas d’une extraction alcoolique, il convient d’évaporer l’alcool des fractions réunies en chauffant doucement. La dernière extraction peut être aqueuse pour laver les copeaux.
 
=> Extrait liquide prêt à diluer pour emploi à froid sur 1 hectare
 
Cette préparation peut se conserver 2 semaines au frais. Au-delà, le risque de fermentation est grand. La quassine pourrait se décomposer. C’est à peu près la période entre les deux passages recommandés.
Les copeaux "épuisés" peuvent être utilisés contre les xylophages, en paillage, couverture, etc.
 
La recette est conçue pour des copeaux > à 0,2% en quassine par HPLC. Plus ils seront faibles et plus il faudra multiplier les 15 kg de départ pour assurer la dose de 30 à 35 g/ha, en deux passages.

 

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