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Cerisiers : Cinq modes de conduite testés en Roussillon

Publié le 03/01/2011 par Fleur Masson dans

La chambre d'agriculture des Pyrénées-Orientales a mis en place en 2003 un essai avec cinq modes de conduite du cerisier, du plus simple jusqu'au plus technique. Voilà les résultats en 8ème feuille pour deux modes en buisson espagnol, deux en gobelet attaché et un en axe vertical.

Conduite en gobelet : les piquets qui créent l'arcure des charpentières gênent le travail au sol.
Conduite en gobelet : les piquets qui créent l'arcure des charpentières
gênent le travail au sol

Dans les Pyrénées-Orientales, le mode de conduite du cerisier le plus répandu est le buisson espagnol. Simple à mettre en place et peu exigeant en temps de travaux, il permet de récolter les fruits du sol. Mais les tailles successives freinent l'entrée en production. « D'autres modes de conduite plus techniques se sont développés avec l'attachage et l'arcure. Nous avons voulu les implanter côte à côte sur une parcelle de démonstration,  pour établir des références locales et permettre aux producteurs d'apprécier les avantages et les inconvénients de chacun », expliquent Eric Hostalnou et Nathalie Courthieu, de la chambre d'agriculture.
 

Cet essai a été mené avec le GDA de Céret et soutenu par le Pays Pyrénées-Méditerranée et le Conseil général. Les arbres ont été plantés en 2003 sur l'exploitation de Pascal et Bernard Traïter, sur un sol de coteau filtrant et caillouteux. « Nous avons choisi la variété Burlat, qui reste dominante dans le département, et le porte-greffe Maxma 14. Avec sa vigueur moyenne, il convient bien aux sols peu poussants, dans lesquels il permet d'obtenir une croissance des arbres limitée mais suffisante pour assurer une bonne production », explique Eric Hostalnou. « Pour chaque modalité, il y a deux répétitions dans la parcelle avec cinq arbres par répétition, sauf pour l'axe où il y a un seul rang de douze arbres »,  précise Nathalie Courthieu, qui a réalisé le suivi de l'essai. Les temps de formation et de taille ont été enregistrés pour chaque mode, ainsi que les heures de récolte, le rendement et la répartition des calibres.


 

Buisson espagnol : hauteur réduite et cerises facilement cueillies.
Buisson espagnol : hauteur réduite et cerises facilement cueillies.

Des potentiels différents

Deux modes de conduite en buisson espagnol ont été testés. Les arbres ont été formés par des rabattages successifs, complétés par des passages en vert destinés à dégager l'intérieur et par une taille rapide l'hiver. Dans le mode court, le rabattage a été plus sévère que dans le mode long, pour que les arbres restent plus bas. Dans les deux modes de conduite en gobelet attaché, quatre à six charpentières ont été sélectionnées après rabattage, puis arquées à 45 degrés. « Nous avons testé le gobelet gardois, avec des charpentières attachées dans les quatre directions, et le gobelet Chambre où elles sont attachées sur le rang », précise Eric Hostalnou. Les arbres en axe vertical ont été conduits en taille longue avec arcure des branches fruitières sur le rang. La charge a été régulée par  l'extinction sur les deux gobelets attachés et sur l'axe.

La récolte des premières cerises a démarré en 2007 pour les cinq modes, mais avec des niveaux de rendement très différents. « Les deux modes en buisson espagnol n'ont donné que quelques fruits, alors que celui en axe a porté prés de 2 t/ha », relève Nathalie Courthieu. En 2008, la production s'est échelonnée entre 2,5 t/ha pour les tailles courtes et 10,5 t/ha  pour les tailles longues. En 2009, les rendements se sont regroupés entre 10 et 12 t/ha, sauf pour le buisson espagnol court qui est resté à 7 t/ha. En 2010, c'est le buisson espagnol long qui est arrivé premier avec 10,5 t/ha.
Le mode de conduite a eu un effet sur la précocité, au travers du potentiel de rendement. «  Plus la charge est importante et plus les fruits mettent du temps à mûrir. En 2009, nous avons fini la dernière cueillette sur les gobelets attachés en même temps que nous démarrions la première sur les arbres en axe », souligne Nathalie Courthieu. Ce retard de production de l'axe constitue un handicap pour les variétés précoces comme Burlat, dont la rémunération dépend avant tout de la date d'arrivée sur le marché.

Temps de travaux et productivité

Le mode en buisson espagnol court est le moins productif avec 17 t/ha de rendement cumulé sur quatre ans. Mais c'est aussi le moins exigent en temps de travaux hors récolte, avec 40 à 50 h par ha et par an. La faible charge bénéficie au calibre. En 2010, ce mode a donné 70 % de cerises de 26 mm et plus. Le mode en  buisson espagnol long présente un meilleur compromis. Les travaux hors récolte peuvent nécessiter 50 à 60 h/ha par an, mais le rendement cumulé monte à 25 t/ha. Le calibre s'en ressent un peu. En 2010, il y avait seulement 35 % de calibre 26 mm et plus, et 25 % de moins de 22 mm. « Sur Burlat, ce n'est pas un problème. C'est la date de récolte qui détermine le prix plus que le calibre », relève Nathalie Courthieu. « La hauteur des arbres, par contre, est un peu plus difficile à tenir qu'avec le buisson espagnol court  », ajoute Eric Hostalnou.

 

Charpentières attachées sur le rang.
Charpentières attachées sur le rang.
Les piquets ne gênent plus le désherbage ou le travail du sol.
Mais l'entassement des charpentières  sur le rang
ralentit le travail des tailleurs et des cueilleurs


Le gobelet attaché gardois a eu tendance à alterner dans cet essai. En 2010, il n'a donné que 7 t/ha avec seulement 35 % de calibre 26 et plus. En rendement cumulé, il arrive à 24 t/ha. Les temps de travaux hors récolte montent à 150 h par ha et par an. Trouver le bon angle d'arcure et le maintenir au fur et à mesure que les branches poussent n'est pas évident. La présence des piquets gêne le désherbage et le travail du sol. Le gobelet Chambre a atteint prés de 27 t/ha en rendement cumulé, avec 50 % de calibre 26 et plus en 2010. L'attachage se faisant sur le rang, l'entretien de l'inter-rang ne pose plus de problème. « Par contre l'entassement des charpentières complique un peu le travail des tailleurs et des cueilleurs », relève Eric Hostalnou.

Axe vertical, branches fruitières arquées et attachées pour faciliter la mise à fruits.
Axe vertical, branches fruitières arquées
et attachées pour faciliter la mise à fruits

Stratégie intensive ou extensive

Le mode en axe vertical, avec près de 31 t/ha de rendement cumulé, arrive en tête pour la vitesse d'entrée en production et la productivité. Mais il nécessite un investissement plus élevé. Pour une plantation à 5 m x 2,8 m, la densité est de 714 arbres/ha contre seulement  500 arbres/ha pour les buissons espagnols plantés à 5 m x 4 m. Le palissage nécessite 3 000 € de frais en plus. La mise en oeuvre de l'arcure augmente fortement les temps de travaux durant les premières années. Hors-récolte, il faut compter entre 300 et 400 h par ha et par an. « L'arcure doit se faire sur des bois souples, en mars et avril ou en septembre et octobre. Il faut pouvoir mobiliser beaucoup de main d'œuvre à ces périodes, ce qui n'est pas forcément évident dans de petites exploitations familiales », souligne Eric Hostalnou. Les années où la charge est importante, sa régulation par l'extinction peut  nécessiter aussi beaucoup de personnel sur une période courte. La récolte se fait à partir d'échelles ou de plateformes, ce qui ralentit un peu le rythme de travail des cueilleurs par rapport à une récolte du sol.

« Avec la conduite en axe, les frais à investir chaque année sont élevés. On peut gagner beaucoup si le rendement est au rendez-vous, et perdre beaucoup si une mauvaise météo réduit le potentiel au moment de la récolte. C'est une stratégie intensive avec une prise de risque élevée », commente Eric Hostalnou. A l'inverse, les frais restent réduits avec les deux buissons espagnols, ce qui limite d'autant les possibilités de pertes. Mais l'entrée en production est lente et le rendement plus limité. C'est une stratégie extensive et moins risquée. Les gobelets attachés constituent une voie intermédiaire entre les deux, en terme de vitesse d'entrée en production, de potentiel ou de temps de travaux. « A chacun ensuite de faire son choix en fonction de sa structure d'exploitation et de ses priorités », conclut-il.

Graphe rendements

Reportage : Maria Delgado 
Photos : Vincent Garcia

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